À l’est de Toulouse, tout un quartier porte encore le nom d’un château que les habitants d’aujourd’hui n’ont, pour beaucoup, jamais connu. Du grand domaine agricole d’autrefois à l’urbanisation des années 1990, l’histoire du Château-de-l’Hers raconte à elle seule la transformation de cette partie de Toulouse.

Quand on parle aujourd’hui du Château-de-l’Hers, on pense d’abord à un quartier résidentiel de l’est toulousain, à ses maisons, ses résidences, ses écoles et aux axes qui le relient à la Côte Pavée, à Limayrac, à Balma ou à la Cité de l’espace. Pourtant, son nom ne relève ni de la légende ni d'une appellation récente : un véritable château et son domaine agricole ont occupé ces terres pendant des générations.

Le domaine se trouvait dans la vallée de l’Hers, au pied de la colline du Calvinet, approximativement entre la route de Castres — devenue l’avenue de Castres — et le chemin des Fontanelles. C’est ce château qui a donné son nom au chemin du Château-de-l’Hers, puis progressivement à tout le quartier.

Avant les immeubles, un paysage de campagne

Il est difficile aujourd’hui, au milieu de la ville, d’imaginer le paysage d’autrefois. Le Château-de-l’Hers était alors beaucoup moins urbanisé et le château se trouvait au cœur d’un vaste domaine agricole.

Le chemin qui le desservait est lui-même ancien. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, il est notamment attesté sous le nom de chemin de Lagourrée. Vers 1900, on rencontre également l'appellation chemin des Sables. Le nom de Château-de-l’Hers s’est finalement imposé et a survécu au bâtiment dont il était issu.

Le quartier reste par ailleurs intimement lié à l’Hers, la rivière qui marque sa limite orientale du côté de Balma. Le quartier historique s’est développé autour du chemin du Château-de-l’Hers et le nom désigne désormais un territoire beaucoup plus vaste que l’ancien domaine.

De la campagne à la ville

Une première étape importante intervient au cours des années 1950. Entre 1953 et 1956, la Cité de l’Hers est aménagée entre le chemin du Château-de-l’Hers et l’avenue de Castres. Conçue par l’architecte Paul de Noyers, elle s’étend alors sur un terrain d’environ 72 000 m², sur les pentes du coteau du Calvinet.

Mais c’est surtout à partir des années 1980 que le paysage change profondément. Une zone d’aménagement différé du Château-de-l’Hers est créée le 10 décembre 1984. Les terrains de l’ancien domaine sont progressivement gagnés par l’urbanisation, avec la construction de logements, de résidences, de villas et de nouveaux équipements.

1992 : le château disparaît

Le tournant définitif intervient en 1992. Cette année-là, le château est démoli dans le cadre de l’aménagement de la zone d’activité du Château-de-l’Hers, notamment autour de l’actuelle rue Claudius-Rougenet. Le bâtiment qui avait donné son nom au secteur disparaît donc au moment même où le nouveau quartier prend sa physionomie contemporaine.

Tout n’a cependant pas disparu. Un pigeonnier datant du XVIIIe siècle a été conservé. Il se trouve aujourd’hui au cœur de la résidence Le Pigeonnier, rue Claudius-Rougenet. Modeste en comparaison de l'ancien domaine, il constitue néanmoins un précieux témoin matériel de ce passé rural.

Un quartier façonné en quelques décennies

L'urbanisation se poursuit rapidement après la disparition du château. Le groupe scolaire du Château-de-l’Hers est ainsi construit en 1995, parallèlement à la réalisation de la ZAC et au percement de la rue Claudius-Rougenet.

Peu à peu, l'ancien paysage agricole laisse donc place au quartier que nous connaissons. Aujourd'hui, la municipalité rattache Château-de-l’Hers au grand secteur Bonhoure, Guilheméry, Château-de-l’Hers, Limayrac et Côte Pavée. La proximité de la Plaine, des espaces verts, de la Cité de l’espace et des liaisons cyclables fait désormais partie de son identité quotidienne.

Un nom comme mémoire du quartier

C'est finalement ce qui rend l'histoire du Château-de-l’Hers intéressante : le château n'est plus là, mais il n'a pas vraiment disparu de Toulouse.

Il demeure dans le nom du quartier, dans celui du chemin, des écoles et des équipements. Il subsiste aussi à travers son pigeonnier et dans le dessin même d'un territoire autrefois organisé autour d'un grand domaine agricole.

Pour les nouveaux habitants comme pour ceux qui connaissent le secteur depuis plusieurs décennies, regarder le Château-de-l’Hers sous cet angle permet de lire différemment les rues du quartier : derrière les résidences et les voies actuelles se cache encore la mémoire d'un Toulouse rural, progressivement absorbé par la ville au cours du XXe siècle.

Et vous ? Avez-vous connu le château avant sa démolition en 1992 ? Possédez-vous des photos, cartes postales ou souvenirs de l'ancien domaine du Château-de-l’Hers ? Le Fil du Quartier serait heureux de recueillir vos témoignages.